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Le Dendroctone, prédateur fatal pour l’épicéa de sitka ?

mardi 26 novembre 2013, par Lisa

LA LUTTE EST EN MARCHE …

Les moyens de lutte sont désormais connus, ils se nourrissent de l’expérience des régions riveraines telles que la Normandie où le phénomène est apparu il y a plus longtemps (1980 en Seine Maritime) en raison de la migration progressive du parasite depuis l’Est de la France où il est bien connu au sein des pessières des Vosges (épicéa commun). Seuls les moyens de lutte préventive sont connus, parmi lesquels :

1 - La « désinfection » des engins d’exploitation ou véhicules de transport. On peut aujourd’hui estimer que ce moyen qui n’a pas réellement été mis en œuvre en Bretagne, aurait probablement été insuffisant au ralentissement du développement du parasitisme, en raison de la grande mobilité des moyens d’exploitation forestière, et de la grande dissémination de l’essence sur de petites surfaces.

2 - L’adaptation des méthodes sylvicoles qui nécessite une bonne conscience et une bonne connaissance de la problématique pour intervenir précocement et de cette manière ralentir le rythme de la contamination. La méthode est efficace, elle a donné des résultats et elle en donne encore, elle est toutefois contrariée par l’existence de manière disséminée sur le territoire, de peuplements parasités au sein desquels aucune intervention sylvicole n’est engagée, constituant de véritables foyers non « traités » du développement du parasite. Il peut être regretté, dans un contexte de crise sanitaire caractérisée pour l’épicéa de sitka, que des moyens informatifs et incitatifs à destination des propriétaires de ces parcelles ne soient pas mis en œuvre pour purger ces foyers. Bien entendu, les enjeux sylvicoles et économiques sont très variables pour des propriétaires de parcelles uniques ou pour des propriétaires de massifs plus importants justifiant d’une adaptation des moyens à mettre en œuvre, comme nous l’avions suggéré il y a quelques temps au travers de notre article sur les choix sylvicoles à mettre en œuvre face au parasitisme par le dendroctone (Rubrique actualités, http://www.sylvaexpertise.fr/-Actua... , article intitulé : « Quelles décisions face à un peuplement parasité par le dendroctone de l’épicéa ? » )

3 - La lutte biologique, mise en œuvre désormais depuis plusieurs années par des lâchers de rhyzophagus grandis dans laquelle certains producteurs se sont très fortement impliqués conduisant en 2012, grâce au concours de l’État et du CRPF, à développer des formations individuelles à destination des propriétaires forestiers, pour favoriser l’élevage des rhyzophagus. Cette lutte biologique est utile, et pour répondre aux questions des propriétaires qui à titre individuel s’interrogent sur l’efficacité de la mesure, on peut considérer qu’elle est dans l’immédiat et pour un peuplement fortement contaminé, de peu d’intérêt à l’échelle de la parcelle, alors qu’elle est d’un intérêt majeur et essentiel à l’échelle de la Forêt, ou plus généralement du massif local. Cela signifie qu’il y a bien une coresponsabilité des différents producteurs vis-à-vis de cette lutte, à l’échelle d’un massif forestier.

D’une manière générale, on peut considérer que ces messages ont été reçus par l’essentiel des producteurs, ayant permis notamment en 2013, et grâce aussi à des productions importantes de rhyzophagus en provenance de Belgique, à des lâchers très significatifs sur l’ensemble de la région. Ces mêmes moyens avaient été mis en place en Normandie où le phénomène a été identifié plus tôt et où ces résultats semblent avoir été satisfaisants, sachant toutefois qu’à l’échelle de cette région, la problématique est totalement différente puisque les peuplements d’épicéa de sitka couvrent (ou couvraient …) 6000 hectares environ, soit moins de 2 % de la surface forestière, avec surtout une moindre dissémination de l’essence sur le territoire.

QUELLE ÉVOLUTION POUR L’AVENIR ?

Aujourd’hui, force est de constater que le résultat après tous ces moyens mis en œuvre, doit être nuancé.

- La lutte par le rhyzophagus n’est jamais un moyen curatif, tout au plus le dépérissement peut être temporairement jugulé permettant certes un maintien des peuplements sur pied, et donc de la production forestière sur quelques temps. Toutefois et d’une manière qui nous semble inévitable, au moins sur les bases de la connaissance que nous avons acquise, la lutte finit par être inégale au profit du dendroctone induisant une reprise du dépérissement, caractérisant bien à ce jour un caractère fatal de l’attaque parasitaire pour le sitka.

- Dans les secteurs où se retrouve une population implantée de rhyzophagus grandis, le phénomène de dépérissement se ralentit, grâce également aux moyens sylvicoles mis en œuvre, mais aussi du fait de la disparition des peuplements les plus contaminés et donc de la perturbation des populations de dendroctone qui y sont liées.

- Enfin, et sur un plan plus général, on ne constate pas de ralentissement dans la progression du parasite à partir des foyers existants, témoignant d’une vigueur encore forte des populations de dendroctone, et d’une absence à ce jour, d’un équilibre naturel instauré entre les deux insectes.

Sur la base de ces observations, de cette analyse sans caractère scientifique, il nous semble que le problème est loin d’être résolu, qu’il doit nous inciter à poser la question du caractère éventuellement fatal du dendroctone sur l’épicéa de sitka, dans le contexte régional et stationnel breton.

  • Existe-t-il (peut-être en NORMANDIE) des peuplements parasités par le dendroctone dans lesquels l’équilibre parasite / prédateur permettrait un maintien des peuplements sur pied ?
  • Peut-on réellement espérer un équilibre à échéance 15 ans qui permettrait de maintenir, moyennant quelques adaptations sylvicoles, des peuplements sur pied, en production ?
  • Quelles précautions peuvent être prises lors des reboisements pour limiter les risques à terme de ce parasitisme ?

Autant de questions restant à ce jour sans réponses claires, qui mériteraient à l’évidence d’être analysées pour sécuriser la gestion de cette essence essentielle à l’économie forestière régionale.

Laurent LE MERCIER Le 25/11/2013


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