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POSITION DES EXPERTS FORESTIERS DE FRANCE SUR LA QUESTION DE L’APPROVISIONNEMENT DES SCIERIES DE CHENE

mercredi 11 juillet 2018, par Lisa

1- LES VOLUMES DE CHENE VENDUS PAR LES EXPERTS FORESTIERS DE FRANCE

Les Experts Forestiers de France considèrent qu’ils ont largement joué le jeu de la mobilisation ce qui a bénéficié en premier lieu aux scieries françaises. Aidés aussi par la hausse du prix du chêne, ils ont su convaincre leurs clients de procéder aux coupes d’amélioration, notamment sur les petits bois qui ne se vendaient pas et aux coupes de régénération longtemps différées. Les chiffres des ventes groupées fournis à l’observatoire économique démontrent que les Experts Forestiers de France ont augmenté les volumes de chêne mis en marché de 25 % en 5 ans (200 000 m3 en 2012, 250 000 m3 en 2017). Il est probable que la hausse du prix du chêne qui a permis ce regain d’intérêt pour les coupes de chênes est liée, au moins en partie, au développement du marché export surtout sur les petits diamètres et les qualités inférieures.

Experts Forestiers de France souligne que les scieurs français participent très activement aux ventes groupées (parfois décriées par quelques acteurs) qui constituent indiscutablement un système de vente qu’ils apprécient. En effet, au moins 80 % du volume de chêne mis en vente groupée est vendu directement à des scieries françaises, soit environ 200 000 m3. Les 20 % restants, soit 50 000 m3 sont acquis par des exploitants mais ceux-ci ont, pour la plupart, des contrats avec les scieurs de leurs régions. On peut estimer qu’en 2017, un maximum de 40 à 50 % de ce volume, soit 20 à 25 000 m3 ont pu être destinés à l’export intra-européen ou à destination de l’Asie. Ce chiffre est à rapprocher de l’augmentation de la récolte sur la période 2012-2017 (permise entre autres par le même export qui a contribué à améliorer les prix et à mettre sur le marché des lots de qualité très hétérogène), soit + 50 000 m3. Ainsi l’approvisionnement des scieries de chêne par les Experts Forestiers de France a progressé au minimum d’environ 25 000 m3/an net sur la période 2012-2017.

Les Experts Forestiers de France ont le sentiment d’avoir assumé leurs responsabilités vis-à-vis de la filière chêne ces dernières années. Mais il n’est pas certain que l’effort de mobilisation puisse être maintenu à ce niveau dans la durée. Sauf cas particuliers liés à des situations patrimoniales complexes (successions, indivisions, …), les plans de gestion sont désormais globalement suivis et les marges de manœuvre en termes de récolte supplémentaire et durable sont faibles.

Les scieurs français sont souvent d’importants propriétaires forestiers. Or, ils reprochent fréquemment aux autres propriétaires privés et à leurs gestionnaires de ne pas récolter suffisamment et de ne pas lancer les renouvellements de peuplements arrivés à maturité. Il serait intéressant de connaître ce que les scieurs de chêne ont réellement mobilisé et régénéré sur la même période dans leurs propres forêts.

2- LA SOLIDARITE DANS LA FILIERE

Les scieurs dénoncent une absence de solidarité entre l’amont et l’aval. Cette situation n’est pas nouvelle et les propriétaires forestiers peuvent rappeler l’exemple de la tempête de 1999 où, à part quelques exceptions notables, de nombreuses scieries ont préféré attendre la fin de l’effondrement des prix avant de présenter leurs modestes offres. Par ailleurs, quelle sera la position des scieurs français lorsque les acteurs de la seconde transformation leur demanderont à leur tour de réserver leurs sciages aux seuls industriels français ou européens (mais bientôt sans les anglais…) ?

La solidarité dans la filière ne peut pas être à sens unique.

3- LES INVESTISSEMENTS DANS L’AVAL DE LA FILIERE

Manifestement, les scieries françaises sont brutalement exposées à la concurrence mondiale. Pendant des décennies, elles ont été peu exposées à la concurrence sur le marché du chêne. Elles n’ont, semble-t-il, pas ou peu profité des périodes plus fastes pour réaliser les investissements nécessaires, développer la seconde transformation et atteindre des dimensions suffisantes pour répondre à l’actuelle compétition mondiale.

Imputer les difficultés actuelles des scieries de chêne au seul problème de l’export constitue un raccourci commode qui évite certaines remises en cause.

4- LES PROPOSITIONS DE LA FNB

Les deux axes proposés par la FNB sont la contractualisation pluriannuelle et l’imposition du label UE sur les ventes de chênes. S’agissant du label UE, Experts Forestiers de France s’interroge sur les garanties offertes aux vendeurs. Peut-on s’assurer aujourd’hui que le système est fiable et que les contrôles sont menés avec efficacité ? Par ailleurs, exclure les acheteurs non labellisés UE des ventes groupées diminuerait mécaniquement la demande ; ce qui jouera immanquablement sur les prix du chêne. Considérant qu’il s’agit de discussions commerciales entre un client (les scieurs de chêne) et des fournisseurs (les propriétaires et leurs gestionnaires), il serait logique que la demande d’une forme d’exclusivité sur les ventes de chênes soit assortie de contreparties.

Sur ce point, Experts Forestiers de France est ouvert à la discussion mais reste toujours dans l’attente de propositions de la part de la FNB.

Quant à la contractualisation pluriannuelle pour le chêne, Experts Forestiers de France considère que ce système de vente est très complexe à mettre en œuvre tant en raison de la complexité de la forêt privée que de la détermination du prix et de la désignation des bénéficiaires. Manquant de références sur ce sujet, Experts Forestiers de France propose que la Cour des Comptes rédige un rapport sur les contrats passés depuis quelques années entre l’ONF et certaines scieries.

Conclusion Les Experts Forestiers de France sont tout à fait conscients des difficultés que traversent actuellement les scieries de chêne pour leur approvisionnement mais ils considèrent que ces difficultés sont liées en premier lieu à une baisse tendancielle des volumes de bois de qualités supérieures disponibles, notamment dans les forêts publiques. Cette évolution mérite une analyse approfondie car elle est en contradiction avec les différents rapports sur la ressource en chêne. Si l’Etat décide de la mise en place de mesures protectionnistes, les Experts Forestiers de France les appliqueront mais ils mettent en garde les pouvoirs publics sur les risques que de telles mesures feraient porter sur la mobilisation d’autres essences qui n’ont quasiment d’autres débouchés que l’export. Partenaires de la filière, les Experts Forestiers de France restent ouverts à tout échange constructif avec les scieurs français.


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