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INTRODUCTION

Jusqu’à présent, je m’appuyais, en l’adaptant aux contraintes qu’impose la vie de couple, sur le compte-rendu d’une expérience de l’élevage artisanal du rhizophagus dans le Massif Central au milieu des années 80 et supervisé par le professeur Grégoire de l’Université Libre de Bruxelles... La méthode utilisée comportait 4 phases :

1) Mettre, en présence de larves de dendroctones, des rhizophagus pour les faire pondre.

2) Transférer les jeunes larves de rhizophagus et les nourrir jusqu’à ce qu’elles soient aptes à passer au stade de nymphes.

3) Récupérer donc ces prénymphes dans un récipient pour qu’elles s’y nymphosent et terminent le cycle de la métamorphose.

4) Récolter, à maturité, les insectes qui ont émergé.

J’ai pensé que l’on pouvait éviter les manipulations de la phase 2 en laissant les larves se nourrir dans le seau de ponte... Je me suis lancé le 7 février 2015 et un mois plus tard, constatant que j’avais visé juste (du moins sur tout ce qui précède les phases 3 et 4), j’ai voulu traduire cette expérience en chiffres qui me serviront de référence par la suite.

MISE EN PLACE

Dans un seau initialement en rayon peinture dans un magasin de bricolage, j’ai empilé des écorces fraîches d’épicéa, y ait versé le contenu d’une récolte de larves DMicans réalisée sur une coupe rase. J’ai ajouté des rhizophagus qui avaient émergé quelques jours plus tôt. Et j’ai recouvert l’ensemble d’une couche de vermoulure produite dans un autre seau de ponte depuis sa mise en place à la mi-décembre 2014... Initiative peu recommandable certes mais aucune pathologie n’étant apparue en 2 mois, j’ai pris le pari qu’elle était saine.

MISE EN PLACE : DES CHIFFRES

a) Le récipient : Seau en plastique pratiquement parallélépipédique L : 23,5 cm-l : 14 cm-H : 13,5 cm. Hauteur des écorces et de la vermoulure dans le seau : 8 cm

b) Les larves DMicans : Si l’idée de réaliser ce compte- rendu m’était venue dès la mise en place, j’aurais pris la peine de les compter... Je sais qu’elles étaient le fruit d’une récolte effectuée sur 2 après-midi consécutifs sur un chantier de coupe rase et je pense qu’il y en avait bien 1 000 (à + ou - 200). Cette récolte s’est faite à 35 km de mon domicile... Mais j’ai aussi passé beaucoup de temps à récolter des larves de rhizophagus lorsque j’en découvrais (Je les ai offertes à un ami pour l’encourager dans la voie de l’élevage du rhizo). Pour les calculs liés aux paramètres du temps consacré à cette expérience, je retiendrai une durée, trajets voiture et pédestres compris, le chiffre de 7 h sur les 9 qu’ont duré mes 2 sorties au total.

c) Les rhizophagus : J’en ai mis exactement 18, récoltés une semaine plus tôt dans un de mes bocaux... Si, sur le papier, je sais reconnaître la différence morphologique entre rhizophagus mâle et femelle, je ne dispose pas des outils me permettant, en situation réelle, de mettre ces connaissances en oeuvre... J’ignore donc les nombres respectifs de mâles et de femelles dans le seau de ponte. De plus, même si je suis vigilant lors de la récolte et collecte séparément DMicans, larves de rhizo ou insectes rhizo, je ne peux assurer qu’aucun rhizo ou aucune larve de rhizo n’est tombé dans le récipient réservé aux larves DMicans.

Conséquence de tout ce qui précède : on ne peut extrapoler aucune donnée chiffrée de cette expérience ...

d) Lieu de stockage du seau de ponte : Une étagère de la chaufferie, au-dessus du meuble à chaussures... C’est le côté pratique : comme il me faut bien mettre des chaussures chaque jour, j’en profite pour soulever le couvercle du seau et y jeter un coup d’oeil rapide.

SUIVI DE L’EXPERIENCE

  • Le 7 mars : Soit donc exactement 4 semaines (28 jours) après la mise en place, les toutes premières prénymphes apparaissent à la surface de la vermoulure... Je suis surpris que ce soit si rapide ; je m’attendais à un délai de 5 semaines.
  • Le 11 mars : Premier inventaire du seau de ponte avec la mise en nymphose de 151 prénymphes dans un bocal de confiture “Bonne Maman” de 370 g contenant de l’arène granitique extrait d’un ruisseau éloigné de toute source de pollution agricole.

A compter de cette date et jusqu’au “tarissement de la source” les mises en nymphose s’enchaîneront en fonction du nombre de prénymphes visibles à la surface de la vermoulure et qui permet d’évaluer la totalité des larves ayant atteint ce stade...

Lorsque je respectais les 4 phases, dès le 2ème inventaire, je démantelais les écorces pour y récupérer les larves qui s’y dissimulaient et j’avais ainsi une idée également du nombre de larves de DMicans disponibles pour la suite dans le seau de ponte.... Cette fois, j’ignore totalement cette dernière donnée car j’ai considéré que c’était inutile de briser les écorces, pariant qu’au stade prénymphe, les larves sortiraient seules de leur cachette ...

Lors de l’inventaire du 21 mars, constatant la présence de plusieurs centaines de jeunes larves dans le seau de ponte après prélèvement de 271 prénymphes j’ai eu un doute quant à la présence de suffisamment de larves de Dmicans pour les nourrir. Par précaution, j’ai donc décidé d’introduire dans le seau des asticots pour la pêche décongelés et percés avec la pointe de mon opinel pour faciliter la tâche des jeunes larves de rhizo. Je les ai déposés aux quatre coins du seau sur un carré de sopalin plié en deux, pensant ainsi moins dégrader le milieu. Dès le lendemain, 3 des quatre sites étaient occupés par des larves de rhizos qui trouvaient le moyen de faire rouler les asticots hors du sopalin !!! Inouï !!!...

  • Vendredi 27 mars : Récolte d’un seau de sable de rivière.

Durée trajet aller en voiture : 30 mn Descente parking au ruisseau : 3 mn

Lavage tamisage du sable : 30 mn Remontée au parking : 5 mn Trajet retour voiture : 30 mn

Total : 98 mn

En y ajoutant les moments de battements, on retiendra donc 1h 45 mn. L’unité retenue pour ce sable est le contenu d’un bocal de confiture “Bonne Maman” de 370 g.... Le contenu de la récolte correspond à 47 bocaux.... L’astreinte temps par bocal est donc de 1 h45mn : 47 bocaux = 2 mn 14 s

  • Samedi 28 mars : 4 ème inventaire qui permet la récolte de 308 prénymphes. Je constate que la production a terminé sa phase ascendante (il reste bien moins de larves dans le seau que lors du précédent inventaire) et qu’elle va décroître progressivement jusqu’à se tarir.
  • Vendredi 3 avril : Mauvais temps pour une activité à l’extérieur et j’avance l’inventaire d’un jour... 164 prénymphes mises à nymphoser... Je démantèle ce qui reste des écorces car les larves Dmicans les ont transformées en “éponge”.... Il ne reste que 3 larves Dmicans en tout et pour tout dans le seau !!!! Peu de larves de rhizos et le prochain inventaire sera le dernier.... Nourrissage avec asticots pour ces toutes dernières larves de rhizo...
  • Vendredi 10 avril : Eh bien non ! Ce ne sera pas encore le dernier inventaire comme je le prévoyais la semaine passée ... Il se trouve que dans les épaisseurs du sopalin sur lequel sont posés les asticots de pêche se cachent encore plusieurs larves de rhizo qui ne demandent qu’à grossir !!! ... Pour me faciliter la tâche lors du prochain inventaire et qu’elles ne se perdent pas dans l’immensité du seau, je les regroupe dans un petit récipient avec les 3 larves Dmicans repérées la semaine passée et qui sont toujours là... J’y ajoute 5 asticots sur un carré de sopalin ... 104 prénymphes encore et 3 nymphes ( Eh oui, on a beau être vigilant, on est pas à l’abri d’une erreur d’appréciation et parfois quelques prénymphes échappent à notre attention au moment où l’on voudrait les transférer dans le sable du bocal de nymphose !!!)
  • Vendredi 17 avril : Dernier inventaire du seau de ponte : 69 prénymphes installées en bocal de nymphose et cette fois, les 3 dernières larves Dmicans ont bien été dévorées...

Au total, ce sont 1 209 prénymphes qu’ont produites les 18 rhizos initialement introduits dans le seau de ponte le 7 février. Notons d’ailleurs que les premiers insectes apparaissent dans le premier bocal de nymphose (11mars) depuis hier, jeudi 16 avril.

La phase 2 (mise en nymphose) de l’expérience sera donc à peine achevée depuis 15 jours que débutera la 3ème et dernière phase ( récolte des insectes).

Combien de temps ai-je consacré à ces inventaires ? Evidemment, il est fonction du nombre de pénymphes prélevées chaque fois : 1h20 pour le premier, 1h40 pour le plus long et 3/4 d’heure pour le dernier ... Pour le calcul du temps total consacré à l’expérience, je retiendrai donc une durée moyenne de 1h20 par inventaire.

  • Samedi 25 avril : Matinée pluvieuse et donc activités extérieures condamnées... . Récolter les rhizos est un excellent passe-temps... Je vide le bocal de nymphose mis en place le 11 mars sur un plastique : les insectes luisent... Ils sont vraiment magnifiques et puissants ceux-là... Le ratio insectes/ prénymphes est excellent à 88 %... Pourvu que cela dure !!!
  • Dimanche 26 avril : Le temps ne s’améliore pas... Récolte des insectes du bocal de nymphose confectionné le 15 mars... Le ratio n’est que de 80 % mais il reste excellent... Avec ceux d’hier, en voilà 245 que j’ai répartis en 4 abris de lâcher dans la plantation en profitant d’une belle éclaircie.
  • Dimanche 3 mai : Pluie, pluie, pluie !!!... Le temps idéal pour se consacrer à notre élevage et aujourd’hui, récolte du bocal “20 mars / 271 prénymphes”... Résultat que je juge personnellement exceptionnel puisque je récolte 243 insectes... Durée de l’opération : 1h10mn... Cela peut paraître long mais, pour moi, c’est l’aboutissement du processus, je me régale d’admirer mes rhizos qui font le mort... puis se réveillent et cherchent à s’échapper... et je fais durer le plaisir !!!...

D’ailleurs, on peut très bien faire l’impasse sur cette récolte, pour un sylviculteur-rhizoculteur amateur (néologisme créé pour l’occasion et que comprend chacun !) qui ne souhaiterait pas perdre de temps à la pratiquer : il lui suffit, lors de la mise en nymphose de répartir les prénymphes par 70 ou 80 dans des bocaux genre “petits pots” Blédina pour bébés et d’en répartir les contenus dans sa plantation, une fois la métamorphose achevée.

  • Vendredi 8 mai : Excellente récolte de 275 insectes dans le bocal 308 pré / 28 mars.... Durée de l’opération : 1 h 20.
  • Mercredi 13 mai : Déception et grosse interrogation lors de la récolte du bocal 164 / 3 avril : 22 diapausantes !!! C’est énorme !!! Quel est ce phénomène qui a bien pu provoquer la mise en “stand by” de 13,5 % des prénymphes après leur transfert dans le bocal de nymphose ? ... Je n’y comprends rien et cela m’agace fort !!!... Durée de la récolte : 53 min.
  • Vendredi 22 mai : Récolte du bocal 107/10 avril : Le ratio insectes émergents / prénymphes continue de baisser... Le taux de diapausantes est aussi relativement important.
  • Jeudi 28 mai : Récolte du dernier bocal réalisée en 25 minutes... Résultat médiocre...

CONCLUSION

Malgré des résultats très moyens pour finir, cette nouvelle approche de l’élevage artisanal du rhizo est une réussite tant par sa simplicité que par le nombre d’insectes récoltés... En Bretagne actuellement, elle est à la portée de tout un chacun pourvu que l’on soit motivé et persévérant (ne pas abandonner si par malchance Beauvéria Bassiana venait à ruiner un élevage en cours !!!)... En effet, on peut trouver la ressource sur les chantiers sylvicoles : larves de dendroctones dans les pessières infestées en cours d’exploitation mais aussi, bien souvent, larves (voire insectes même) de rhizophagus.... Cette méthode ne nécessite aucune compétence particulière hormis celle de reconnaître le stade prénymphe de la larve de rhizophagus : cela s’apprend en deux minutes !!!


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